ab ovo ?

La locution latine  ab ovo est employée par Horace pour désigner :

a) l’origine de la vie mais aussi l’œuf de Léda, d’où naquit Hélène, cause de la guerre de Troie, c’est l’origine de l’histoire.

b) le premier service du repas des romains ab ovo usque ad mala, de l’œuf jusqu’à la pomme, du début jusqu’à la fin du repas.

Prononcez-le, ab ovo vous remplit la bouche.

ab ovo, c’est une démarche de travail ludique, un peu hédoniste et légère, mais aussi un engagement, une utopie : contribuer par nos activités à construire un domaine de la culture convivial, vivant et réfléchi : Tutto per gioco, niente per scherzo, « Tout par le jeu, rien pour la blague. »

Qu’est-ce qu’on fait ?

ab ovo est pensée comme une nébuleuse, un noeud de réseaux qui vise à faire circuler et se rencontrer des personnes, des objets et des idées dans un rapprochement des différents contextes et modèles à l’échelle locale et internationale. ab ovo est une structure mobile, qui s’adapte au gré des expérimentations. Nos modes de travail sont collaboratifs et horizontaux et placent en leur coeur un principe de convivialité. Nos explorations sont guidées par un rapport poétique au monde, car c’est celui que nous jugeons le plus ouvert à toutes les résonances, celui où se mêlent sensible et intelligible. ab ovo ne s’interdit aucun support ni aucun medium, elle s’adresse parfois à tous et parfois qu’à certains. Nous partons du principe que tout est possible si l’on s’inscrit dans des logiques de mutualisation des compétences et des moyens. ab ovo est un organisme à double ossature : recherche et analyse d’une part et production d’autre part. Les compétences de son équipe comme son réseau peuvent être mobilisés aussi bien pour des projets propres que pour ceux initiés par d’autres. Ses activités se déploient autour de trois axes de travail faisant office de fil rouge : la construction de la connaissance, les contextes, le déplacement (Voir Nos axes de travail). Les champs d’action d’ab ovo sont :

  • la production et diffusion des oeuvres et des idées via notamment des projets d’édition, d’exposition ou de spectacle vivant,
  • l’organisation de rencontres, de débats, des recherches collectives,
  • la mise en oeuvre de coopérations artistiques et la construction de projets internationaux, l’accompagnement des individus ou d’organisations dans leurs propres recherches.

Nos axes de travail

« Ce que vous êtes réellement, [c’est] ce que votre identité apporte et prend à cette succession ininterrompue de tourbillons et de fixités. »[1] écrit Edouard Glissant. ab ovo est ainsi pensée : une association hétérogène qui évolue, se déplace, s’imprègne et imprègne elle-même. Elle se façonne au gré des expériences, elle est polymorphe. Sa matière est à la fois pratique et réflexive et se tisse à partir de trois fils : (1) la construction de la connaissance, (2) les contextes, (3) les déplacements.

1. La construction de la connaissance

Connaître n’est pas nécessairement savoir.

Connaître c’est le fruit de ce processus qui permet à chacun, individuellement ou collectivement, de saisir quelque chose, par ses sens et son intelligence.

C’est ce processus même de la connaissance dans ce qu’il a d’impalpable, de relationnel et d’infini qui fait l’objet de notre réflexion.

S’intéresser à la construction de la connaissance c’est s’intéresser au rapport de chacun à son environnement, à sa ou ses langue(s), à son histoire, aux narrations, à ses semblables et ses dissemblables. C’est prendre en compte sa propre vulnérabilité face à la connaissance.

C’est aussi questionner la transmission, l’éducation, l’autorité, les identités et appartenances culturelles, les systèmes symboliques en place et les ruptures qu’ils subissent. C’est aussi aborder la créolisation et les processus de création : de quoi naît ce qui jusque là n’existait pas comme tel ?

2. Contextes :

« Ce qui veut dire qu’on ne peut pas parler à n’importe quelle époque de n’importe quoi ; il n’est pas facile de dire quelque chose de nouveau ; il ne suffit pas d’ouvrir les yeux, de faire attention ou de prendre conscience, pour que de nouveaux objets aussitôt s’illuminent, et qu’au ras du sol ils poussent leur première clarté. »[2]

Michel Foucault 

Plutôt que de chercher « qui de la poule ou de l’œuf ? », c’est-à-dire le commencement, nous préférons nous intéresser aux contextes, aux différents éléments qui par leur assemblage ou juxtaposition produisent quelque chose.

L’attention portée aux contextes permet d’aborder les différentes échelles micro et macro, de prendre en compte le collectif et le singulier, d’aborder le transculturel, de croiser les influences et comprendre ou se perdre dans les dynamiques humaines.

Nous croyons aux ramifications, aux étincelles nées des mises en relation. Ainsi réfléchissons-nous toujours à ce que les contextes produisent, à ce qu’ils pourraient produire. Mais aussi aux mécanismes qui les ont eux-mêmes produits et rendus possibles.  Et de là pourquoi ne pas aborder ce qui, justement, n’est pas arrivé, et se demander pourquoi ?

Interroger le contexte, ce n’est pas chercher à justifier, à expliquer, à spécifier. Interroger le contexte c’est se donner la possibilité de dépasser des catégories figées, carcans de nos actes et de nos pensées et limitatrices dans l’échange.

3. Déplacements :

« Bien, une fois que je suis parvenu à cette phase de silence, j’ai été contraint de prendre une mesure que personne n’adopte volontairement : j’ai été conduit à penser. Mon Dieu ! Que c’était difficile ! Le déplacement des grandes malles pleines de secrets. A la première pause, je me suis demandé, épuisé, s’il m’était jamais arrivé de penser »[3]

Francis Scott Fitzgerald

Se déplacer c’est aller d’un lieu à un autre. Le déplacement est dynamiques. Il est déterritorialisation au sens propre, géographique, ou au sens figuré, symbolique, entrainant un changement référentiel. Le déplacement peut produire une transformation, une altération.

Se déplacer dans ses pratiques, se risquer à faire autrement, avec d’autres personnes, qu’est-ce que cela génère? Qu’est ce qui se passe lorsqu’une parole ou un acte sont portés en un autre endroit que celui où ils ont été produits ?

Le déplacement est souvent entravé, détourné, canalisé. Nous voulons aussi interroger ces obstacles, ces frontières, physiques ou morales, infranchissables ou poreuses. Parce que c’est ainsi que se profilent les marges qui inlassablement se redessinent, questionnant par là notre rapport à la norme. Se déplacer c’est faire un pas vers l’inconnu. C’est des imprévus inhérents au déplacement qu’il tire tout son mystère.

Le déplacement est à la fois politique et poétique ; un changement de regard, la mobilité d’une ligne, une potentielle ouverture. Le déplacement crée du flou, de l’incertitude, de l’inconfort. Il peut entrainer une perte de repères stimulante ou générer de la violence. C’est aussi ce qui conforte notre intérêt pour les processus créatifs en tant qu’ils inventent des procédés de gestion de l’incertain.

Le déplacement n’est pas agitation ou précipitation, ni mouvements pulsionnels qui n’amèneront jamais qu’à un retour au point initial. Un déplacement peut être lent et imperceptible à l’œil nu et pourtant profond. C’est aussi un défi  : faire le choix conscient de ses gestes, de l’endroit où l’on pose son regard, des mouvements que l’on engage, et se demander comment penser le déplacement dans une forme de sobriété.


[1] In Edouard Glissant, Tout-monde, p180, Gallimard, 2011
[2] In Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, p 65, Gallimard, 1969.
[3] In Francis Scott Fitzgeral, « Recoller », Un livre à soi, traduit par P. Gulielma, Paris, Les Belles Lettres, 2011, p.181.
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AB OVO?

The Latin expression ab ovo was used by Horace to refer to:

a) the origin of life but also Leda’s egg, which gave birth to Helen, the cause of the Trojan war, the origin of history.

b) the first course of the Romans’ meals, ab ovo usque ad mala, from the egg to the apple, from the beginning to the end of the meal.

Say it, ab ovo is a mouthful.

ab ovo is a playful approach to work, with a hedonistic and light dimension, but it is also an engagement, a utopian vision: to contribute, through our activity, in the construction of a convivial, lively and well-thought-out cultural field: Tutto per gioco, niente per scherzo, « to tun everything into a game, but nothing into a joke. »

What we do?

ab ovo is designed as an open entity, a cloud-like collection of diverse interconnected elements. It aims at making circulate and bringing closer, locally and internationally, ideas, people and productions from diverse contexts and paradigms.

ab ovo is mobile, it evolves through experimentations. Our work is collaborative and horizontally organised. Conviviality is one of our guiding principles.

Our exploration is guided by a poetic relationship with the world – the kind of relationship we consider the most open to all resonances, the kind of relationship blending the sensible with the intelligible.

ab ovo  is open to all materials, formats and mediums. Its projects are sometimes directed to everyone, sometimes to some. We function on the principle that everything is possible if it is done within the logic and practice of mutualising skills and means.

ab ovo is structured by two main fields of action feeding each other : researching and analyzing on one side, producing on the other side. The skills of the ab ovo team can be used both for its own projects and for those initiated by others.

ab ovo develops its activities along 3 axes : construction of knowledge, contexts and shifts, defining the direction of its work.

ab ovo’s fields of activity are:

  • the production and distribution of artworks and ideas through publications, exhibitions, or performing arts projects
  • the organization of encounters, debates, collective research initiatives
  • the creation of the conditions necessary for artistic collaborations and for the elaboration of international projects
  • the support of individuals and organizations in their own work and research

Our axes of work

ab ovo is conceived as follows: a heterogeneous association which evolves, is mobile, absorbs the context it finds itself in and appropriates it at the same time. It is multi-faceted, formed through its experiences. Its object is both practical and theoretical and is developed along three axes: (1) the construction of knowledge, (2) contexts, (3) shifts.

1. The construction of knowledge

To know something doesn’t necessarily imply possessing knowledge of it.

Knowing something is the result of a process allowing us – individually or collectively – to grasp the object of our consideration through our senses and intelligence.

We are interested in the process of getting to know something, in its intangible, relational and infinite nature. We are interested in this process of knowledge construction because we are interested in the relationship of individuals with their environment, their language(s), history, narratives, with what is similar or dissimilar to them. We are interested in our vulnerability when facing systems of knowledge.

Our aim is also to reflect on transmission, education, authority, identities and cultural belonging, established symbolic systems and the tensions that can be introduced therein. It is also to tackle the issue of creolisation and of creative processes: what is it that gives birth to that which didn’t exist before?

2. Contexts:

Instead of trying to find “what came first the chicken or the egg?” (that is, the very beginning), we prefer to focus on contexts, on the various elements which, when assembled or juxtaposed, may produce something.

The attention we pay on contexts allows us to consider different micro and macro scales, to take into account the collective and the unique, to tackle the transcultural, to mix various influences and to understand or lose ourselves in human dynamics.

We believe in ramifications, in the sparks appearing when links are created. We therefore always consider what contexts produce, what they could produce, but also the mechanisms having made them possible and brought them about in the first place. And then why not consider also what has not yet been brought about, and ask why it is so? To examine the context doesn’t mean to try to justify, explain, specify, but to give oneself the possibility of overcoming fixed categories, constraints imposed on our actions and thoughts, limiting possible exchanges.

3. Shifts:

To shift is to change direction. A shift is dynamic. It implies deterritorialisation, literally or metaphorically and symbolically, bringing about a change in reference systems. Shifts may produce transformations and alterations.

What can we generate by shifting among different practices, risking doing things differently, with other people? What happens when a word or action are transferred to a different context from the one having produced them?

Shifts are often blocked, diverted, redirected. Our aim is therefore also to put these obstacles, these boarders – be they physical or mental, insurmountable or porous – into question, since it is thus that margins, spaces continuously questionning our relationship to the norm, may emerge.

To make such a change is to take a step towards the unknown. Shifts become mysterious through their intrinsically unexpected nature.

Shifts are both political and poetic: they are changes of point of view, of the fixedness of separating lines; they are potential openings. They create gray areas, uncertainty, discomfort. They might bring about stimulating ruptures in our reference systems, or they may generate violence. It is in this sense, too, that we are interested in creative processes: they invent ways of managing the uncertain.

Shifts are not necessarily full of agitation or precipitation, neither are they superficial compulsive moves, just leading right back to the departure point. A shift might be slow and not directly perceptible, but at the same time very deep. A shift is also a challenge: that of making conscious choices of our actions, of how and where we direct our gaze, of the movements we make, of asking ourselves how we can think of change simply and composedly.

 

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